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Mag à zine international.

Fusillade du Champ-de-Mars

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Après la prise de l'Hôtel de ville le 14 juillet 1789 et l'instauration de la Commune de Paris, le vote de la loi martiale en octobre 1789 interdit les regroupements de plus de 20 personnes, et permet leur dispersion par la force armée. L’Assemblée constituante adopte le projet de l'Abbé Sieyès qui restreint le nombre d'électeurs (les citoyens actifs ont l'obligation d'avoir un revenu conséquent (suffrage censitaire) et un brevet de patriotisme décerné par les comités révolutionnaires) et de citoyens éligible (marc d'argent : seuls peuvent être candidats à la députation ceux dont les contributions directes sont au moins égales à la valeur d'un marc d'argent). Enfin le droit de pétition est sérieusement limité en juin 17915,1, malgré la vigoureuse opposition des clubs.

Après la fuite du roi des 20 et 21 juin 1791, l’opinion publique présente désormais Louis XVI « comme un traître » (selon Lamartine cité par Mona Ozouf), un parjure, un déserteur et l'accuse de collusion avec l’étranger. Le mot Roi est effacé des drapeaux de certaines gardes nationales de la région parisienne et de l’autel de la patrie situé sur le Champ-de-Mars, les symboles de la monarchie sont effacés, détruits, enlevés. De son côté, la Constituante, elle, tente d'excuser cette fuite en la présentant comme un « enlèvement » afin de sauver son projet de monarchie constitutionnelle. Dans ce contexte tendu, le mot même de « république » devient interdit dans les débats à l’Assemblée.

Une partie de la gauche, Robespierre en tête, demande qu'il soit fait procès au roi, mais les jacobins sont minoritaires à l’Assemblée et celle-ci décide finalement de suspendre les pouvoirs du roi jusqu’à ce qu’il accepte la Constitution. L’idée de l’abolition de la monarchie et d’instauration d'une république apparaît à ce moment-là, mais hors de l’assemblée. Parallèlement, l’idée surgit qu’en démocratie réelle, la loi ne peut s’imposer qu’après un contrôle de la constitutionnalité des lois et son acceptation populaire, d’où la campagne de pétitions de juillet. Le 12 juillet 1791, le club des Cordeliers publie un Appel à la Nation rédigé par Chaumette, qui appelle à la création d’un gouvernement nouveau. Cet appel est relayé par les sociétés populaires. La plus importante d’entre elles, le club des jacobins, qui dispose de centaines d’antennes affiliés en province, fait une proclamation allant dans ce sens, voire évoquant une nouvelle insurrection. La presse de gauche est plus radicale dans ses termes, et fustige les modérés et les députés, qui refusent le procès du roi. Une pétition est portée à l’Assemblée, qui la reçoit tout en se préparant à résister : de nombreuses arrestations de manifestants ont lieu, les gardes aux abords de l’Assemblée sont renforcées.

 

Le 15 juillet 1791, les cordeliers, de tendance radicale populaire, se rassemblent au Champ-de-Mars avec 3 à 4 000 personnes. Ils rédigent sur l’autel de la patrie une pétition contre les projets de décrets qui redonnaient au roi tous ses droits : la pétition, sans formellement exiger la fin de la monarchie, menace l’Assemblée d’une nouvelle insurrectio et propose « de ne plus jamais reconnaître Louis XVI pour roi ». La pétition est portée à l’Assemblée par six commissaires soutenus par une manifestation : celle-ci est dispersée par la cavalerie, des manifestants arrêtés ainsi qu’un des commissaires. Quand les commissaires arrivent à l’Assemblée, les décrets viennent d’être votés. Les quelques milliers de manifestants se retirent alors et rejoignent au Palais-Royal l’assemblée des jacobins pour rendre compte de leur démarche.

Les jacobins, de leur côté, ont déjà voté une proposition de Laclos pour rédiger, sur le Champ-de-Mars, une pétition qui serait envoyée dans les départements pour s’opposer au rétablissement de Louis XVI dans ses droits constitutionnels. Cinq commissaires sont nommés pour la rédaction : Lanthenas, Sergent, Danton, Ducancel et Brissot. Robespierre s’oppose à la pétition, bien qu’il la reconnaisse comme légitime, craignant qu’elle soit le prétexte d’une nouvelle répression. Tournon fait lui aussi part de son opposition.

Le 16 juillet, les Cordeliers se rendent en cortège derrière leur bannière La liberté ou la mort au Champ-de-Mars pour signer la pétition des jacobins : malgré quelques discussions sur certains termes de la pétition, ils appellent le soir du 16 à se rassembler le matin du 17 sur les ruines de la Bastille pour aller la signer en cortège pacifique. Tenant compte du contexte tendu, les jacobins adoptent une approche légaliste, les appels à la manifestation restant dans des termes mesurés, pacifiques (on demande de ne prendre ni bâton, ni couteau, par exemple). Le lieu choisi est également particulièrement symbolique : il est le « lieu du politique par excellence depuis la fête de la Fédération du 14 juillet 1790 », fête qui a consacré la réconciliation de toute la Nation après les violences de 1789, Nation rassemblée autour du projet contenu dans la Déclaration des droits de l'homme. C’est aussi un lieu de promenade du dimanche particulièrement populaire1 (le 17 juillet 1791 est un dimanche).

L’Assemblée vote le soir du 16 un décret mettant hors de cause le roi dans la fuite du 20 : légalement, l’affaire de Varennes est close et le roi est rétabli dans ses fonctions. L’Assemblée prévoit d’empêcher le mouvement populaire du lendemain, et de fermer les accès à la place de la Bastille.

 

Le matin, la Commune de Paris interdit tout rassemblement. Pour faire appliquer sa décision, elle ordonne à La Fayette de proclamer la loi martiale en déployant le drapeau rouge, et à la Garde nationale de disperser toute manifestation. En fin de matinée, Lameth, président de l’Assemblée, conseille à Danton, Desmoulins et Fréron de s’éloigner de Paris : ils partent à la campagne pour la journée. De son côté, Robespierre se rend aux jacobins pour faire annuler le projet de pétition : le club la fait retirer, craignant lui aussi une répression sanglante et annonce qu'il retire son soutien à la pétition, devenue inutile depuis le vote du décret du. Cependant, la décision arrive trop tard. Les manifestants se rendent au lieu de rendez-vous annoncé, et trouvant la place de la Bastille fermée, se rendent au Champ-de-Mars. Dans la matinée, la foule débusque deux hommes cachés sous l’autel de la patrie, les transfère au comité du quartier du Gros-Caillou, où ils finissent lynchés.

Les pétitionnaires se rassemblent cependant : au nombre de 300 vers 11 heures, ils sont plusieurs milliers en fin d’après-midi. Entre onze heures et midi, des élus sont commis par la municipalité pour enquêter sur les meurtres du Gros-Caillou : ils constatent le calme de la foule rassemblée au Champ-de-Mars. Comme à midi, des délégués des jacobins annoncent que la pétition est retirée, des cordeliers proposent d’en rédiger une nouvelle. Quatre commissaires sont nommés : François Robert, Peyre, Vachard et Demoy. La participation de Louise de Keralio-Robert est souvent évoquée, à la suite de Michelet. Toutefois, si Annie Geffroy ne tient pas le fait pour avéré, son mari François Robert, député à la convention, évoque ce fait dans son discours appelant à la condamnation à mort de Louis XVI devant l'assemblée élue. La nouvelle pétition, qui appelle à une nouvelle constitution, n’utilise pas le mot de « République ». Celui-ci apparaît néanmoins en creux. Elle est immédiatement signée par 6 000 personnes, dont Robespierre, Chaumette, Momoro, Meusnier, Hébert, Hanriot, Santerre, David, Chrétien, etc. Cette revendication, faite sur l’autel de la patrie, a lieu au milieu des danses dans une ambiance de fête pacifique encensée par Marat.

Mais alors même que la signature de la pétition se déroule pacifiquement, l’Assemblée constituante invite la municipalité de Paris à rétablir l’ordre par tous les moyens. Le seul désordre signalé n'est encore que les deux meurtres du Gros-Caillou.

Vers 15 heures, deux cavaliers de la garde nationale sont la cible de jets de pierre par des individus participant au rassemblement. La tension monte entre la foule et la garde nationale qui se rapproche du Champ-de-Mars, avec des canons, sur ordre de La Fayette. Les commissaires enquêteurs de la municipalité sont invités par les cordeliers à constater le calme des pétitionnaires, ce qu'ils font en écoutant la pétition et en discutant avec les manifestants. Par mesure de conciliation et afin d’afficher leur respect de la loi, les organisateurs de la manifestation annoncent que les participants devront se disperser à la première sommation.

Les commissaires enquêteurs acceptent d’accompagner les délégués porteurs de la pétition à l’Hôtel de ville, mais arrivent un instant après que le Conseil municipal a décidé la proclamation de la loi martiale, suite aux lynchages du matin et aux incidents de l’après-midi. Alors que les commissaires enquêteurs décident de rédiger sur le champ un rapport attestant du calme régnant au Champ-de-Mars, le conseil municipal envoie Bailly disperser les pétitionnaires du Champ-de-Mars. Il quitte l’Hôtel de ville à 18 h 30 avec un fort détachement de gardes nationaux, drapeau rouge en tête et arrive aux abords du Champ-de-Mars une heure plus tard. Celui-ci était entouré de talus depuis la fête de la Fédération de 1790, et formait donc une arène fermée.

 

Le chemin suivi par la garde nationale et la délégation de la municipalité passe devant le comité de quartier du Gros-Caillou. Bailly et les gardes nationaux entrent sur le Champ-de-Mars, précédés par les tambours de la garde nationale jouant le pas de charge, sans que les sommations légales, commandant à la manifestation de se disperser, soient prononcées. Un coup de feu est tiré, d’origine discutée. La garde nationale ouvre un feu nourri, la foule proche du talus par où est entrée la garde nationale fuit à la fois vers la Seine où l’attend la cavalerie, et vers l’École militaire, mais un deuxième détachement de la garde nationale entre de ce côté.

La garde nationale compte neuf blessés, dont deux meurent les jours suivants. Du côté des manifestants, aucun bilan officiel n’est dressé. Les estimations faites sur le coup varient de 10 morts dans la presse fayettiste et 12 selon Bailly, à un maximum de 400 selon Marat. Les estimations les plus nombreuses sont d’environ 50 morts.

Le soir même, le club des Cordeliers est fermé et des canons sont postés devant son entrée. La garde nationale reçoit les félicitations de l’Assemblée et de la municipalité de Paris pour son comportement lors de cette journée.

 

[Source Wikipédia]

 


 



17/07/2017
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