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Mag à zine international.

Jaurès au firmament des grands hommes

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Panthéonisation de Jean Jaurès le 23 novembre 1924

 

Il est 21 h 40 en ce vendredi 31 juillet 1914, les bruits de deux coups de feu retentissent dans le « Café du Croissant », à l’angle de la rue Montmartre et de la rue du Croissant. Un homme s’effondre sur la table à laquelle il est en train de dîner, il s’appelle Jean Jaurès. L'homme était socialiste d’étiquette mais humaniste et pacifiste de cœur et d’esprit ; et lorsqu’il décida de créer son propre journal, il ne pouvait lui donner un autre nom que « L’Humanité », qui au départ, n’était pas le journal du Parti communiste français, il convient de le rappeler ; il le deviendra en 1920. De cette guerre qui s’annonçait avec de plus en plus d’insistance, il n’en voulait pas et le clamait haut et fort ; cela devait lui coûter la vie.

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Une question se pose tout de suite à la lecture de cet évènement : comment croire à l’humanisme de l’Homme, alors qu’un de ses plus fervents défenseurs vient d’en payer le prix. L’Homme est-il bon ? difficile de répondre à cette question, mais s’il l’était cela se saurait ; or, tous les évènements depuis le début de la dite humanité prouvent le contraire.

 

Le pire de l’histoire c’est que cet étudiant nationaliste auteur des coups de feu meurtriers sera acquitté en 1919, et le pompon de la pomponnette, si je puis m’exprimer ainsi, c’est que l’épouse de Jean-Jaurès sera condamnée aux dépens. Il y a là une forme de justice qui m’échappe complètement. L’injustice, elle est là, omniprésente comme pour nous narguer. Raoul Villain (cela ne s’invente pas), le meurtrier de Jaurès, sortira indemne de la boucherie que fut cette guerre – qui rappelons-le, aura fait au total : 18 591 701 morts et 21 228 813 blessés –, alors que Louis Jaurès, fils de Jean, lui perdra la vie à l’âge de 20 ans à Pernant dans l’Aisne le 3 juin 1918, soit quelques mois seulement avant la fin des hostilités, quelle ironie du sort ! Surtout, quelle injustice !

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Bien sûr, Raoul Villain n’est pas responsable du déclenchement de la guerre, mais il en était un fervent partisan et l’assassinat de Jaurès en fut un des détonateurs côté français, car toute la gauche qui était contre cette guerre devait se rallier juste après l’assassinat de leur figure emblématique. A  contrario de Louis Jaurès, qui lui, véhiculait les idées humanistes et pacifiste de son père. Mais la justice devait le rattraper le Villain (sans jeu de mots). Pas la justice des hommes, bien sûr – car bien trop souvent elle est antinomique au nom qu’elle porte –, mais celle de Dieu. Après quelques démêlés avec la justice ici et là, le personnage finit par s’installer à Ibiza en 1932. Les habitants du coin  le surnomment « el boig del port » (le fou du port) ; c’est vous dire. Au début de la guerre d’Espagne, les gardes civils de l’île se rallient aux franquistes. Les républicains de Barcelone envoient un détachement – sous la direction du commandant Bayo – pour reprendre les Baléares. Ce détachement débarque à Ibiza le 8 août. Les 9 et 10 septembre 1936, une colonne de près de cinq cents anarchistes – sous la bannière de « Cultura y Acción » – arrive à Ibiza et fait cent quatorze morts. Les 12 et 13 septembre 1936, l'île est bombardée par l'aviation italienne et, dans le chaos, les anarchistes exécutent Raoul Villain ; justice est rendue.

 

Le dimanche 23 novembre 1924, Jean Jaurès est transféré dans un lieu qui lui sied à merveille, le Panthéon, lors d'une grandiose cérémonie à laquelle participent les mouvements politiques de gauche, excepté le Parti communiste français, exclu de la cérémonie officielle, qui organise sa propre manifestation et proteste contre la « récupération » de Jaurès. Depuis, Jean Jaurès repose au milieu des siens : les « grands hommes ». Quelque soit son bord politique, que l’on soit de droite, de gauche, du dessus ou du dessous (là où on en trouve le plus). Force est de constater que Jaurès doit être honoré au dessus des partis, car il n’est plus ni de droite, ni de gauche, il est au dessus de tout, au firmament des grands hommes.

 

Jean-Pierre de Langlard

  

 

 



01/08/2015
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