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Mag à zine international.

Le 22 avril 1370, pose de la première pierre de la Bastille

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C’est en 1367 que le Roi Charles V ordonna la construction d’un fort destiné à défendre la porte Saint-Antoine et les remparts de l’est de Paris. Le roi Charles V voulait également y établir le centre administratif du royaume. La construction ordonnée en 1367, fut bâtie sous son règne, de 1370 à 1383, par le prévôt de Paris Hugues Aubriot qui posa, lui-même, la première pierre le 22 avril 1370.

Construit sur le modèle à quatre tours courant à l’époque. Les autres tours lui furent ajoutées ultérieurement. Elle faisait 66 mètres de long pour 34 mètres de large et 24 mètres de hauteur au niveau des tours, et était entourée d’un fossé de 25 mètres de largeur par 8 mètres de profondeur alimenté par les eaux de la Seine. Les huit tours se nommaient tours du Coin, de la Chapelle, du Trésor, de la Comté, de la Bertaudière, de la Basinière, du Puits et de la Liberté. L’entrée se faisait par la rue Saint-Antoine et donnait sur la Cour de l’Avancée qui abritait des boutiques et une caserne. Son premier capitaine gouverneur fut nommé par Charles VI, dès 1386, en la personne de son chambellan Jehan de La Personne, vicomte d'Acy, ancien compagnon de Bertrand du Guesclin et qui avait été déjà chambellan sous les deux règnes précédents. À la même époque fut édifié le donjon de Vincennes. Le Château de Montagu – édifié par le surintendant des finances de Charles VI, Jean de Montagu (ou Montaigu) –, à Marcoussis, est un exemple proche des choix d'architecture retenus pour la forteresse de la Bastille. Elle appartenait au système défensif de l'enceinte de Charles V mais très vite, son utilité militaire s’avérant médiocre – « assiégée, elle s’est toujours rendue » – une nouvelle enceinte fut construite. La forteresse fut occasionnellement prison d’État sous Louis XI puis utilisée comme entrepôt d'armes et lieu de réception par François Ier, comme coffre-fort des richesses royales sous Henri IV.

 

Durant la Journée des Barricades (huitième guerre de religion), la Bastille se rendit le 13 mai 1588 et Jean Bussy-Leclerc en devint le gouverneur. À la chute de la Ligue et l'entrée d'Henri IV à Paris le 22 mars 1594, le gouverneur de la Bastille refusa de rendre la forteresse qui fut assiégée et résista quatre jours. Sully, nommé gouverneur en 1602, y abrita le trésor royal dans la tour du même nom, qu’on désigna alors sous le terme de « buffet du roi ».

La Bastille fut à nouveau prise durant la Fronde en 1649 ; un Frondeur : La Louvière, fils de Pierre Broussel, en fut nommé gouverneur. C'est à cette époque que se situe un des épisodes les plus rocambolesques de l'histoire de la forteresse. Le 2 juillet 1652, lors de la bataille du faubourg Saint-Antoine, le prince de Condé était en difficulté face aux troupes royales dirigées par le maréchal de Turenne. Sa cousine – Mlle de Montpensier  dite la Grande Mademoiselle – obtint alors de son père, Gaston d'Orléans, l'autorisation de faire tirer les canons de la Bastille sur les troupes royales pour le sauver et lui permettre d'entrer dans Paris.

 

La Bastille fut utilisée occasionnellement comme prison dès le règne de Louis XI. Pendant les troubles des guerres de religion, elle servit de prison à des Grands du royaume comme François de Montmorency (1574-1575), Charles d'Angoulême (1604-1616), ou encore le prince de Condé (1616-1619). Sous la domination de la Ligue, La Bastille abrita l'écrivain Montaigne (1588), les magistrats du parlement de Paris restés fidèles au roi dont le premier président Achille de Harlay, ainsi que l'artiste protestant Bernard Palissy qui y mourut.

 

C’est le cardinal de Richelieu qui la transforma en prison d’État à laquelle restaient attachées les lettres de cachet ; lettres signées du roi (ou le plus souvent de ses ministres) ordonnant un emprisonnement sans jugement. Paris disposait de plusieurs types de prisons : prisons ordinaires, Hôpital général et prisons d’État (Vincennes, Fort-l'Évêque). La Bastille était une prison plutôt confortable pour les personnes de qualité (nobles, grands bourgeois) emprisonnés dans les cellules (au nombre de 42), elles mangeaient tous les jours « à la table du gouverneur » (non avec lui, mais bénéficiant du même repas). Les cellules disposaient de grandes pièces avec repas fins, de domestique, si ce dernier acceptait (tel le domestique du banquier de Gérard Michel de La Jonchère qui a partagé le sort de son maître mais finit par ne plus le supporter, sans pouvoir ressortir), de meubles et d'une cheminée avec bois de chauffage (grâce à la « pistole »). Les prisonniers royaux étaient autorisés à correspondre avec l'extérieur, recevoir des visites et jouissaient d'une relative liberté de mouvement au sein de la forteresse. Le marquis de Sade y fut détenu cinq ans et demi. La Bastille comportait également depuis la fin du XVIIe siècle un quartier beaucoup moins agréable pour les prisonniers communs. Ceux-ci vivaient de la charité et du « pain du roi », y étaient parfois enchaînés ; on les appelait les « pailleux », car ils dormaient sur une paillasse dont on changeait la paille une fois par mois. La prison disposait aussi de six cachots (et non d’oubliettes), dont un aménagé en salle de torture, situés à six mètres de profondeur au niveau des douves et qui servaient de punition aux prisonniers insubordonnés comme, par exemple, le fameux Latude (Louis XVI fit supprimer ces cachots, tout comme la question et les lettres de cachet qu'il abolit le 26 juin 1789). Sous Louis XV, qui adoucit le régime carcéral à partir de 1750, on y trouvait des convulsionnaires et jansénistes accusés de crime de lèse-majesté. Entre 1661 et 1789, un prisonnier sur six était embastillé pour « faits de lettres » (libraire, imprimeur, colporteur ou auteur de libelle). L'arrivée d'un nouveau prisonnier était annoncée par une sonnerie de cloche. Les boutiques avoisinantes (notamment les échoppes le long du fossé qui étaient louées au Gouverneur) fermaient alors, et les gardes se couvraient le visage pour ne pas voir le visage du nouveau venu. Ce culte du secret motiva également l'enterrement des prisonniers de nuit sous de faux noms. Il participa grandement au mythe de l'homme au masque de fer.

 

Le premier témoignage écrit sur la prison sont les pseudo-mémoires d'un calviniste, Constantin de Renneville, qui donna une vision noire de la Bastille et son arbitraire, l'opposant à la Tour de Londres. Les récits « antibastillonnaires » se multipliaient : deux ouvrages publiés à l'étranger poursuivirent cette dénonciation et participèrent à la construction de la légende noire (lettre de cachet en blanc, tortures, exécutions sommaires) de la Bastille : Mirabeau avec Des lettres de cachet et des prisons d'État (Hambourg, 1782) et Simon Nicolas Henri Linguet, Mémoires sur la Bastille (Londres, 1783). Un historien qualifia la Bastille de rendez-vous des intellectuels, puisque s’y retrouvaient aussi bien Voltaire (par deux fois en 1717 et 1726) que des pamphlétaires comme Linguet ou Brissot, victimes de la censure. Cette mauvaise réputation de la Bastille, qui avait commencé dès avant la Révolution, fut remise en cause par certains historiens du XIXe siècle, tel Frantz Funck-Brentano, qui, par opposition à la tradition jacobine, ne craignit pas de parler « des égards, du confort, des bons soins » de cette prison.

 

Cette prison fut aussi un gouffre financier pour Louis XVI, en raison à la fois du traitement du gouverneur d’environ 60 000 livres, mais aussi de l’entretien du personnel, nombreux, ou de la nourriture. Necker, qui avait déjà fermé le donjon de Vincennes, souhaitait la faire abattre dès 1784. Le peuple ne craignait plus ce bâtiment en 1789, mais les cahiers de doléances de la ville, rédigés par des acteurs de la fronde des parlements, demandaient sa destruction et son remplacement par une place avec un monument à la Liberté retrouvée. Comme toute forteresse imposante, elle marquait le paysage parisien et rappelait l'autorité du roi (comme la tour du Temple).

 

Le gouverneur, dont la charge était vénale, gérait et dirigeait la prison. Il vivait dans une maison d'une Cour de la Bastille, entourée d’un jardin à la française. Il était assisté par un lieutenant de roi responsable de la sécurité et d'un major chargé de l’économat, des archives. Les employés, en contact direct avec les prisonniers (promenade, repas), étaient les porte-clefs. Le « capitaine des portes » était l'officier responsable de l'entrée et la sortie de la prison. La surveillance de la forteresse était assurée par des « invalides », en faction, de jour comme de nuit, à l’intérieur et à l’extérieur de l'enceinte, tandis que le repas et les promenades des prisonniers étaient assurés par les porte-clefs sous l’autorité des officiers. On trouvait aussi comme personnel logeant un service médical : un chapelain et un confesseur.

Etant donné le nombre de ses cellules, la prison ne pouvait accueillir plus de 45 prisonniers en même temps, elle atteignit un maximum d'une soixantaine de détenus sous Louis XIV, seuls 1,5 % d'entre eux y moururent officiellement. Du XIVe au milieu du XVIIe siècle, elle aurait reçu 800 prisonniers, le nombre fut réduit à 5 279 entre 1659 et 1789 – avec une durée moyenne de détention de quelques mois à deux ans : 57 % des prisonniers y restèrent moins de 6 mois ; 28 % entre 1 et 4 ans ; 2 320 sous Louis XIV ; 1 459 sous la Régence ; 1 194 sous Louis XV et 306 sous Louis XVI.

 

La Bastille fut prise d’assaut le 14 juillet 1789 par le peuple parisien (une grande majorité des émeutiers venait du faubourg Saint-Antoine) venu chercher de la poudre après avoir récupéré des armes aux Invalides. Ils libérèrent aussi les sept prisonniers de la forteresse. Des délégations essayent de négocier avec le gouverneur de la Bastille Bernard-René Jordan de Launay, en vain. Après la prise de la forteresse, ce dernier fut emmené sur la place de Grève, où il eut la tête coupée. Les révolutionnaires – auxquels s’étaient ralliés certains membres de la garde bourgeoise et des Gardes Françaises – s'emparèrent notamment de ses archives, les dispersèrent en partie (avec les meubles et la vaisselle), dans les fossés de la forteresse. Les collectionneurs, notamment Beaumarchais, mirent rapidement la main sur certaines. Dès le 15 juillet, les autorités municipales tentèrent de les récupérer. Elles furent conservées à la Bibliothèque de l’Arsenal en 1798 – dont le directeur était alors : Hubert-Pascal Ameilhon –, et cataloguées depuis le XIXe siècle (60 000 dossiers comprenant 600 000 feuillets, essentiellement des lettres de cachet, interrogatoires, suppliques au roi, rapports de police, correspondances de l'embastillé).

La prise de la Bastille est aujourd’hui considérée comme le symbole de la Révolution française dont elle marque le commencement. Cependant, la fête nationale française commémore la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, qui coïncidait - pas du tout par le fruit du hasard, mais avec la volonté de faire de cette date une date symbole - avec le premier anniversaire de la prise de la Bastille.

La Bastille fut abattue à partir du 15 juillet 1789 par un entrepreneur privé, Palloy, qui vendit une partie des pierres en guise de souvenirs (pierres sculptées représentant la Bastille en miniature), dont un certain nombre furent vendus en province (Palloy fit faire également des maquettes de l'édifice qui furent envoyées dans tous les chefs-lieux des départements français). Le chantier de démolition dura jusqu'en 1806.

 

On peut y ajouter la transformation en objets de piété et de culte, de tout ce qu’il put récupérer sur les boiseries et les ferronneries de la vieille forteresse. La plus grande part a servi à construire le pont de la Concorde. Le marquis de La Fayette envoya une des clés de la Bastille à George Washington, l’une des grandes figures de la Révolution américaine et premier président des États-Unis. Elle est aujourd’hui exposée à la résidence de Mount Vernon, transformée en musée. Une autre des clés fut envoyée à Gournay-en-Bray, lieu de naissance, du premier révolutionnaire à être entré dans la Bastille : Maillart. Cette dernière clé a depuis disparu.

 

C'est à la fonderie de Romilly, dans l'Eure, qu'ont été conservées jusqu'à sa fermeture l'horloge et les cloches de la forteresse. Le carillon quant à lui se trouve actuellement au Musée européen d'art campanaire, à L'Isle-Jourdain (Gers).

 

La disparition de la Bastille n'empêcha pas son mythe de renaître dès la Révolution sous la forme d'une mode « à la Bastille » (bonnet, souliers, éventails…).

 

Ils étaient encore sept prisonniers en ce fameux 14 juillet 1789 :

  • quatre faussaires : Jean Béchade, Bernard Laroche, Jean La Corrège et Jean-Antoine Pujade, accusés d'avoir falsifié des lettres de change. Leur procès était en cours d'instruction ;
  • le comte Hubert de Solages, criminel enfermé durant l'Affaire de Solages - de Barrau à la demande de son père, qui payait sa pension ;
  • Auguste Tavernier, supposé complice de Robert-François Damiens l'auteur d'une tentative d'assassinat sur Louis XV;
  • le comte de Whyte de Malleville, embastillé pour démence à la demande de sa famille. Juste après leur libération, les deux derniers furent internés à l'asile de Charenton.

Les révolutionnaires furent tellement déçus de trouver ces prisonniers en nombre si faible et manquant de prestige qu'ils en inventèrent un faux, appelé comte de Lorges, « un malheureux vieillard qui fut trouvé chargé de chaînes, à moitié nu, avec des cheveux et une barbe de divinité fluviale, au fond d'un cachot où ne pénétrait pas la lumière et dont les murailles suintaient l'humidité (…). Le misérable vieillard, qui gisait là depuis des années et des années, fut comme de juste porté en triomphe par les amis de la liberté aux acclamations d'un peuple en délire ».

En 1899, lors de la construction de la ligne 1 du métro parisien des vestiges de la forteresse furent redécouverts. Ainsi, les fondations de la tour de la Liberté (celle où fut enfermé Sade) qui était alors située au niveau du no 1 de la rue Saint-Antoine, ont été démontées et reconstituées dans le square Henri-Galli.

De même, on peut trouver également un morceau du mur de la contrescarpe du fossé de la Bastille sur le quai de la station homonyme de la ligne 5 du métro (en direction de Bobigny). L'autre côté de ce mur est visible derrière une vitre dans les couloirs du métro, dans un escalier provenant de l'entrée sur le boulevard Bourdon.

Enfin, un pavage spécial a été dessiné sur la partie ouest de la place de la Bastille afin de retracer sur le sol les contours de la forteresse.

 



22/04/2015
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