www.le-blog-de-jep.com

Mag à zine international.

Le 22 avril 1500, Pedro Álvares Cabral découvre le Brésil.

5.jpg

 

Le 15 février 1500, Pedro Álvares Cabral est nommé Capitão-mor (littéralement major-capitaine, ou commandant en chef), de la Seconde flotte voguant vers les Indes, succédant à celle commandée par Vasco de Gama. La Couronne portugaise nommait traditionnellement des nobles aux commandements militaires et maritimes, sans égard pour leur compétence ou leur expérience professionnelles. C'était le cas pour les capitaines des navires placés sous le commandement de Cabral. Cette pratique avait d'évidents inconvénients, car l'autorité pouvait aussi bien être conférée à des personnes hautement incompétentes et mal préparées que conférée à des chefs remarquables tels que Afonso de Albuquerque ou dom João de Castro. Peu de détails nous sont parvenus sur les critères utilisés par la cour quant à la sélection de Cabral en tant que chef de l'expédition aux Indes. Dans le décret royal le nommant commandant-en-chef, la seule raison donnée était « ses mérites et ses services ». Rien de plus sur ses qualifications ne nous est connu. L'historien William Greenlee pense que le roi Manuel I « l'avait certainement bien connu à la Cour ». Cela, ainsi que « la situation de la famille Cabral, leur loyauté inconditionnelle à la Couronne, l'apparence personnelle de Cabral, et l'habileté qu'il a montré à la cour et au conseil furent des facteurs importants ». Ce qui a sans doute également joué en sa faveur, c’est l'influence de deux de ses frères qui siégeaient au conseil du roi. Étant donné les intrigues politiques permanentes à la cour, Cabral a pu aussi appartenir à une faction qui favorisa sa nomination. L'historien Malyn Newitt soutient l'hypothèse d'un choix résultant « d'une tentative délibérée d'équilibrer les intérêts de factions rivales de familles nobles, qui n'avaient pas de raison de le recommander et parce qu'il n'avait pas d'expérience connue de commandement d'expédition majeure. »

 

Cabral devint le commandant, cependant des navigateurs bien plus expérimentés furent adjoints à l'expédition pour l'aider sur les questions navales. Les plus fameux étaient Bartolomeu Dias, Diogo Dias et Nicolau Coelho. Ils devaient, avec les autres capitaines, commander 13 navires et 1500 hommes. Sur ce contingent, 700 étaient des soldats, quoique la plupart étaient de simples roturiers sans formation ni expérience au combat.

La flotte avait deux divisions. La première était composée de neuf naus (caraques) et deux rondes caravelles, et mirent le cap sur Calicut (aujourd'hui connu sous le nom de Kozhikode) en Inde dans le but de mettre en place des relations commerciales et une factorerie. La deuxième division, consistant en une nau et une caravelle, mit les voiles avec comme destination le port de Sofala au Mozambique. En échange de la direction de la flotte, Cabral reçut 10 000 cruzados (une vieille monnaie portugaise équivalente à environ 35 kg d'or) et le droit de négocier l'achat de 30 tonnes de poivre pour son propre compte et de les rapporter en Europe. Le poivre pouvait alors être revendu, hors-taxes, à la couronne portugaise. Il fut aussi autorisé à importer 10 ballots de n'importe quelle autre épice, en franchise de droits. Bien que le voyage était extrêmement dangereux, Cabral avait la perspective de devenir un homme très riche s'il parvenait à revenir au Portugal avec la cargaison. Les épices étaient alors très rares et très recherchées en Europe.

La flotte l'ayant précédé avait été la première à atteindre les Indes en contournant l'Afrique. Cette expédition, commandée par Vasco da Gama, était retournée au Portugal en 1499. Pendant des décennies, le Portugal avait cherché une route alternative vers l'est, afin d'éviter la Méditerranée qui était sous le contrôle des Républiques maritimes italiennes et l'Empire ottoman. L'expansionnisme du Portugal le conduisit d'abord en Inde, et plus tard à la colonisation d'une bonne partie du monde. La volonté de diffuser la foi catholique sur des terres impies était un autre facteur de motivation. Enfin, venait la longue tradition de refouler les musulmans qui provenait des combats pour la reconquête de leur nation contre les Maures. Cette lutte s'engagea d'abord en Afrique du Nord et finalement sur le sous-continent indien. Une dernière ambition qui galvanisait les explorateurs était la recherche du mythique Prêtre Jean — un roi chrétien avec qui une alliance contre les forces de l'Islam pourrait être forgée. Enfin, la Couronne portugaise voulait accaparer une part du très lucratif commerce ouest-africain des esclaves, de l'or, et du commerce des épices indiennes.

La flotte, sous le commandement de Cabral, âgé de 32 à 33 ans, prend la mer à Lisbonne le 9 mars 1500 à midi. Le jour précédent, avaient eu lieu les adieux publics avec une messe et des célébrations suivies par le roi, la Cour et une foule nombreuse. Au matin du 14 mars, la flottille contourne la Grande Canarie, la plus importante des Îles Canaries. Elle cingle vers Cap-Vert, une colonie portugaise située sur la côte de l'Afrique de l'ouest qu'elle atteint le 22 mars. Le lendemain, une nau commandée par Vasco de Ataíde avec 150 hommes disparait sans laisser de traces. La flotte franchit l'Équateur le 9 avril, et met le cap à l'ouest aussi loin du continent africain qu'il semble possible vers ce qui est alors nommé la technique de navigation dite de la volta do mar (littéralement le "tour de la mer").

Des algues sont aperçues le 21 avril, ce qui laisse à penser aux marins qu'ils s’approchent d'une côte. Cela s'avère exact le lendemain après-midi, mercredi 22 avril 1500, quand la flotte s'ancre près de ce que Cabral baptisera le Monte Pascoal (« mont de Pâques », car c'est la semaine de Pâques). Cet emplacement est situé au nord-est de ce qui est aujourd'hui le Brésil.

 

Les Portugais détectent la présence d'habitants sur le rivage, et tous les capitaines se rassemblent sur le navire amiral de Cabral le 23 avril. Cabral ordonne à Nicolau Coelho, un capitaine qui avait l'expérience des voyages en Inde avec Vasco de Gama, de débarquer et de nouer des contacts. Il met pied à terre et échange des cadeaux avec les indigènes. Après le retour de Coelho à bord, Cabral emmène la flotte vers le Nord, où après 65 km de navigation, il ancre le 24 avril dans ce que le commandant en chef nomme Porto Seguro (port sûr). la place était un port naturel, et Afonso Lopes (pilote du navire amiral) embarque deux indigènes à bord pour rencontrer Cabral.

Comme la fois précédente, la rencontre est amicale, et Cabral leur offre des cadeaux. Les habitants sont des chasseurs cueilleurs, que les Européens nomment du nom générique "Indiens". Les hommes cherchent de la nourriture en traquant le gibier, péchant et cueillant des végétaux, alors que les femmes cultivent de petits lopins de terre. Ils sont divisés en innombrables tribus rivales. Les tribus que Cabral rencontre sont des Tupiniquim. Certains de ces groupes sont nomades et d'autres sédentaires — ils connaissent le feu mais pas la métallurgie. Quelques tribus pratiquent le cannibalisme. Le 26 avril, comme de plus en plus d'indigènes curieux apparaissent, Cabral ordonne à ses hommes de construire un autel ou une messe sera célébrée.

Les jours suivants sont consacrés à faire des réserves d'eau, de nourriture, de bois et d'autres provisions. Les Portugais édifient aussi une croix de bois – peut-être haute de sept mètres. Cabral détermine que ces nouvelles terres sont bien à l'est de la ligne de démarcation entre le Portugal et l'Espagne qui avait été définie par le traité de Tordesillas. Le territoire est bien dans la partie du monde allouée au Portugal. Pour solenniser la revendication du Portugal sur cette contrée, la croix est érigée et un second service religieux organisé le 1er mai. Cabral nomme cette terre découverte Ilha de Vera Cruz. Le lendemain, un navire de ravitaillement – sous le commandement de Gaspar de Lemos ou d'André Gonçalves (les sources divergent) – retourne au Portugal pour apprendre la nouvelle de la découverte au roi Manuel Ier et lui apporte la fameuse lettre de Pero Vaz de Caminha, le secrétaire de Cabral.

 

La flotte reprend la mer le 2 ou le 3 mai 1500 et navigue le long des côtes est de l'Amérique du Sud. Cabral est convaincu qu'il a découvert un continent entier, plutôt qu'une île. Autour du 5 mai, la flotte vire de bord vers l'Afrique. Le 23 ou 24 mai, ils traversent une tempête dans la zone de haute pression de l'Atlantique Sud, provoquant la perte de quatre navires. L'emplacement exact du désastre n'est pas connu. Trois naus et une caravelle commandée par Bartolomeu Dias – le premier Européen à atteindre la cap de Bonne-Espérance en 1488 – disparaissent, et 380 hommes sont perdus.

 

 

 



22/04/2016
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 18 autres membres