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Mag à zine international.

Marignan 1515

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S’il y a une date que n’importe quel Français peut citer, c’est bien celle-ci « Marignan 1515 », même si très peu de gens peuvent dire avec exactitude les tenants et aboutissants de cette fameuse bataille, son déroulement, ainsi que sa date exacte. Le mythe de François 1er repose en grande partie sur sa force physique. Il mesure deux mètres, il se rêve en Alexandre le Grand, il est âgé seulement de 21 ans, c’est l’archétype même du jeune roi guerrier. C’est aussi un roi qui a une image raffinée, il initie la France à la Renaissance, aux arts et crée une Cour de France. Cependant, une question subsiste, pourquoi donc cette date est-elle la plus connue de l’histoire de France ?

 

Un pur produit de propagande ? Dès le lendemain de la bataille, Marignan sert la propagande de François Ier. Elle va devenir un événement récurrent de sa communication. Sur son tombeau, on mentionne Marignan. Il faut tenter de se représenter ce que peut-être l’espace public à cette époque. L’événement commence par se populariser par des chansons. Des chansons qui, pour l’essentiel, racontent l’histoire d’un roi courageux, de l’archétype du preux chevalier et vantent ses exploits. Dans un livre admirable, qui évoque pourtant la guerre du Vietnam, plus récente, le romancier américain Tim O’Brien écrit : « Une histoire de guerre véridique n’est jamais morale. Elle n’est pas instructive, elle n’encourage pas à la vertu, elle ne suggère pas de comportement humaniste idéal, elle n’empêche pas les hommes de faire ce qu’ils ont toujours fait. Si une histoire de guerre vous parait morale, n’y croyez pas. Si à la fin d’une histoire de guerre, vous avez l’impression qu’une parcelle de rectitude a été sauvée d’un immense gaspillage, c’est que vous êtes la victime d’un très vieux et horrible mensonge. » Il ne faut donc pas croire la légende de Marignan. François Ier est un roi à la croisée des chemins, entre le Moyen-Âge et la période moderne, un roi qui aime la guerre et les arts, pas si éloigné que cela de Léonard de Vinci, qui peignait la Joconde et dessinait des modèles de char d’assaut. Mais la geste de Marignan, celle d’un roi vaillant, adoubé par Bayard devant toute l’armée, qui paie de sa personne, vient opportunément nous faire oublier que la conquête du Milanais ne dura pas dix ans, et que le 13 et 14 septembre 1515, l’ambition d’un jeune roi provoqua un massacre dans les plaines du nord de l’Italie. Un massacre qui n’avait rien de glorieux, à coups de canons, livré pour l’essentiel entre les mercenaires suisses au service des Milanais contre des Vénitiens et des mercenaires allemands et au service de la France et de son armée, qui fit près de 20.000 morts.

 

De nos jours, de nombreuses guerres sont les conséquences d’ambitions démesurées, et comme Marignan, ils garniront les livres d’histoire de nos descendants. Mais je doute fort que ces livres racontent vraiment les tenants et aboutissants des guerres de Syrie et Lybie par exemple, l’histoire retiendra tout simplement « le désir ardant et inextinguible des peuples à l’accession à la démocratie » en occultant tout le reste ; un peu comme à « Marignan 1515 ».

 

Emmanuel de La Tour

 



13/09/2015
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