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Mag à zine international.

Terminer sur le bûcher

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Vingt et un février mille quatre cent trente et un, début du procès de Jeanne d’Arc en Angleterre. Non, non, je ne délire pas, Rouen était la capitale du duché de Normandie, à l’époque possession anglaise. Donc c’est bien chez nos amis anglais que le procès de la plus célèbre dame de France eut lieu. Procès étant en l’occurrence un bien grand mot, car être livré en pâture à une bande de fous furieux fanatiques sous la direction d’un gros porc nommé Cauchon, c’est tout ce que vous voudrez sauf un procès au sens probe et noble du terme. C’est un peu l’équivalent des procès : Nicolae Ceaușescu, Saddam Hussein, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, etc., c'est-à-dire un procès où l’issue est couru d’avance.

 

Que lui reprochait-on à notre Jeanne légendaire ? L’hérésie. En clair, si tu ne penses pas comme moi, tu es hérétique, donc passible de monter sur le bûcher ; de nos jours, si une telle pratique était encore en vigueur, le bûcher fonctionnerait 24/24 heures, et 7/7 jours. Etant donné le côté réducteur de ce chef d’accusation, car jeanne était tout ce qu’il y a des plus croyantes, ils en trouvèrent d’autres. Elle fut, entre autre, accusée d’être : schismatique, apostate, menteuse, devineresse, le tout bien enrobé d’une belle étoffe d’hérésie, errante en la foi, blasphématrice de Dieu et des saints ; rien que cela ! Je vous rappelle qu’à cette époque il n’existait pas de Jacques Vergès capable de défendre les indéfendables, et là, en l’occurrence, notre Jeanne était l’archétype même de l’indéfendable. Dans ces conditions, il était inévitable qu’elle terminât sur le bucher. Même si ce genre de pratique n’a plus cours sur la forme de nos jours, il n’en demeure pas moins vrai que sur le fond c’est toujours le cas. Demandez donc aux : Dieudonné, Faurisson, Soral, Raynouard et tutti quanti, ce qu’ils en pensent. Bien sûr, eux n’ont pas fini sur un bûcher, mais les flammes de la haine et du mépris leur caressent le corps continuellement et les consument un peu plus chaque jour. Je ne suis pas là pour juger s’ils ont raison ou tort ; je n’ai aucune compétence en la matière. La seule chose qui m’interpelle à leur sujet, c’est cette fameuse et foutue « liberté d’expression », qu’est-elle devenue ? Un bref petit rappel de l’article 10 de la Déclaration de l’Homme et du Citoyen de 1789.

Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.

 

Cet article dit bien ce qu’il préconise, à savoir une liberté d’expression totale, mais là où le bas blesse, c’est la fin de l’article : « Pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » Alors là, il y a matière à discussion, car aujourd’hui tel gouvernement jugera que tel évènement, discours ou personnage, n’est pas de nature à troubler l’ordre public, et demain, un autre gouvernement jugera son strict contraire. La solution ? Car il y en a une, serait que ce soit les citoyens, et non les politiques qui soient à même de juger ce qui les dérange ou ce qui ne les dérange pas ; en clair, la Constitution doit être réécrite par le peuple, et non par les politiciens, car ils n'ont absolument aucune légitimité pour le faire ; ils se sont tout simplement arrogé le droit de l'écrire. Dans ces conditions, nombre de lois scélérates seraient revues et corrigées. Pour l’instant ce n’est pas le cas, alors, tâchons de ne pas trop jouer les « Jeanne d’Arc », sous peine de terminer sur le bûcher de l'hérésie des temps modernes.

 

Emmanuel de La Tour



30/05/2015
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