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Mag à zine international.

Thomas Sankara, un grand homme parti trop tôt.

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Thomas Sankara à la guitare

 

Il y a de cela quelques jours, je laissais un commentaire sur un article dédié à la démocratie. J’ai alors cité un modèle de démocrate en la personne de Thomas Sankara. J’ai eu quelques réponses et surtout une qui avait retenu mon attention. Elle  disait en substance : « Parlons-en de Thomas Sankara, avec le sang qu’il a sur les mains... » Mon sang n’a fait qu’un tour, comme on dit, car visiblement, cette jeune personne était aveuglée par son érudition avoisinant le zéro pointé et, de surcroit, une ignorante pour qui tout ce qui se passe en Afrique n’est que nébuleuse savamment orchestrée par notre bonne presse occidentale.

 

On parle souvent de grands hommes : Martin Luther King, Malcom X, Gandhi, etc., mais en revanche, en Occident, peu de gens peuvent parler de Thomas Sankara. Monsieur Sankara avait pris le pouvoir grâce à un coup d’État soit, mais ce coup d’État du 4 août 1984, était largement justifié, ne serait-ce que parce qu’il faisait suite à deux autres coups d’État depuis 1980 et qui avait mis au pouvoir des gens peu scrupuleux. D’inspiration marxiste, Sankara s’était d’emblée déclarée contre l’impérialisme et le néo-colonialisme. Lors d’une déclaration – en présence de François Mitterrand (qui ne manquera pas de le mettre en garde en de termes à peine voilés (première vidéo ci-dessous)), il avait d’ailleurs fustigé ce dernier.

 

En arrivant au pouvoir, il a tout de suite mis un terme aux prérogatives des chefs coutumiers et à leurs pouvoirs féodaux sur leur tribu respective. Il a tout de suite proclamé l'interdiction de l’excision des femmes, coutume ancestrale qu’il trouvait dépassée autant que barbare, tout comme il trouvait la prépotence de l’homme sur la femme surannée. Ainsi – sachant que les hommes ne faisaient jamais le marché –, il avait décrété la « journée du marché masculin » tous les 8 mars (journée internationale de la femme), les femmes avaient interdiction de se rendre sur les lieux ce jour-là, sauf pour les vendeuses bien entendu. De sorte que les hommes étaient obligés de se rendre sur le marché pour avoir de quoi manger pour cette journée.

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Il était le seul président d'Afrique à avoir vendu les luxueuses voitures de fonction de l'État pour les remplacer par des Renault 5. Il faisait tous ses voyages en classe touriste, ses collaborateurs étaient tenus d'en faire de même. Il était célèbre aussi pour son habitude de toujours visiter Harlem (et d'y faire un discours) avant d'arriver à l'ONU.

 

 

 

 

 

   Thomas Sankara sortant de la R5 présidentielle

 

Voilà, grosso-modo, le personnage qu’était Thomas Sankara. Alors vous pouvez – je pense – comprendre ma réaction lorsque j’ai lu ce commentaire travestissant un grand homme intègre en fou sanguinaire. Thomas Sankara était beaucoup plus de la lignée des Mandela, que de celle des Idi Amin Dada, ou autres crapules qui ont sévi sur le continent africain depuis les années 60, date du début de l’indépendance pour la plupart des anciennes colonies. Thomas Sankara n’était pas une fripouille comme le commanditaire de son meurtre, mais bien un Grand Homme.

 

Emmanuel de La Tour

 

 

 

 



13/01/2016
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